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20 contre 12 : la stat’ édifiante qui montre les limites du Top 14…

Alors que les acteurs du rugby français se préparent aux doublons qui arrivent, une statistique met en lumière l’absurdité du temps de jeu en Top 14.

Erwan Harzic 24/01/2026 à 15h12
Onze ans après ses débuts en Top 14, Antoine Dupont compte 140 apparitions dans l'élite du rugby français, à 29 ans, pour 59 sélections avec le XV de France.
Onze ans après ses débuts en Top 14, Antoine Dupont compte 140 apparitions dans l'élite du rugby français, à 29 ans, pour 59 sélections avec le XV de France.

Depuis septembre, le marathon du Top 14 est lancé ! Tandis que le mois de janvier arrive à sa fin, celui de février annonce le retour d’une période houleuse du rugby français : les doublons. En parallèle du Tournoi des 6 Nations, deux journées de Top 14 se joueront sur les mêmes week-ends ou à proximité d'échéances internationales. Depuis le début du professionnalisme, cette situation kafkaïenne empoisonne le rugby français.

Des doublons qui se font rares

Pour l’exercice 2025/2026, les superpositions d’obligations hivernales se traduisent de différentes manières, avec une réduction des échéances concernées. Pour les mois à venir, seul le week-end du 14 février verra Top 14 et Tournoi des 6 Nations partager les programmes TV. Toutefois, cette observation cache également la réalité des “faux-doublons”.

Ce terme est utilisé pour désigner les périodes où les “joueurs premium” du XV de France sont considérés comme indisponibles pour les écuries de Top 14 où ils évoluent. Ils sont retenus par le XV de France, afin de les préserver et de les préparer aux rencontres internationales. Cet hiver, là encore, cette situation ne se présente qu’à une occasion, sur le week-end du 31 janvier prochain.

Le Top 14, des matchs en rafale

En Top 14, le niveau est particulièrement relevé et chaque rencontre a une importance décisive, dans la course à la phase finale ou au maintien. Ainsi, les effectifs engagés aimeraient avoir leurs meilleurs éléments disponibles pour un maximum de rencontres.

D’autant plus que, dans l’Hexagone, 26 journées prennent place à l’occasion de la saison régulière. Ce total est supérieur à tous les autres championnats majeurs. La Premiership et l’United Rugby Championship, comptant pourtant plus d’équipes engagées (16) qu’en Top 14, se disputent sur 18 week-ends, si l’on excepte les phases finales.

À l’autre bout du monde, le Super Rugby, lui, se montre encore plus rare avec 14 journées de saison régulière. Par ailleurs, le championnat d’Océanie se lancera en parallèle du seul doublon hivernal, le week-end du 14 février. Un signe qui se conjugue à d’autres, quand on regarde certains enjeux de cette compétition sudiste.

Des records et un contraste

En effet, cette saison, un record historique du Super Rugby devrait être battu. Sauf incroyable mésaventure, le pilier gauche australien James Slipper devrait devenir le joueur le plus expérimenté de l’histoire du championnat, au nombre de matchs joués. Pour le moment, il compte 197 apparitions, dont 104 avec les Reds et 93 aux Brumbies. Dans les mois à venir, il lui suffira de six rencontres pour surpasser l’ancien All Black Wyatt Crockett, apparu à 202 reprises sous la tunique des Crusaders.

Is there change in the air?

Is 2026 the year we will see the @BrumbiesRugby' James Slipper become the most capped Super Rugby Pacific player of all time? 👀#SuperRugbyPacific pic.twitter.com/WMZNCJoVjs

— Super Rugby Pacific (@SuperRugby) January 23, 2026

En Top 14, où se situe un tel record ? Un tel nombre de matchs représente bien peu comparé aux vétérans apparus dans l’élite. En première division du championnat de France, Top 16 et Top 14 confondus, le recordman de rencontres jouées est Thibaut Privat avec 387 feuilles de matchs à son actif, via cinq clubs différents. Rodrigo Capó Ortega, avec 352 apparitions sous le maillot de Castres, et Henry Chavancy qui compte 327 prestations chez les Ciel et Blanc du Racing 92.

Par ailleurs, plusieurs choses sautent aux yeux quand on compare ces deux records, du Nord au Sud. Tout d’abord, on peut évoquer la moyenne de rencontres jouées en championnat, uniquement, par saison. En 19 ans de carrière, Thibaut Privat est à environ 20 rencontres jouées par saison, dans l’élite du rugby français. Pour Jamie Slipper, 16 saisons de Super Rugby ont été consommées avec 12 matchs disputés par an, en moyenne. La moyenne est édifiante.

Une expérience qui interroge

De plus, que ce soit Slipper, Crockett ou n’importe quel autre des 10 joueurs les plus capés du Super Rugby, l’écart d’expérience au niveau international impressionne également. Sur les 10 joueurs les plus expérimentés de l’histoire du championnat de l’hémisphère sud, seuls deux d’entre eux ont moins de 50 sélections nationales. Il s’agit de Christian Leali'ifano (26 sélections avec l’Australie et 9 avec les Samoa) et Liam Messam (43 sélections avec les All Blacks). De plus, sept rugbymen sur les dix de ce classement sont des centurions, avec plus de 100 caps pour un même pays.

En Top 14, le constat est bien moins glorieux, même si l’on parle tout de même d’excellents joueurs de rugby, s’il faut le rappeler. Dans l’Hexagone, aucun des 10 joueurs les plus utilisés de l’histoire du championnat n’a déjà connu plus de 50 sélections au niveau international. Les deux plus capés sont Yannick Nyanga avec 46 apparitions en Bleus et Jean-Baptiste Poux qui compte 42 sélections avec le XV de France.

Ainsi, un constat saisissant saute aux yeux : en France, ce ne sont généralement pas les meilleurs joueurs qui jouent le plus. À cause des inepties du calendrier, les internationaux ne sont pas ceux qui ont le plus souvent leur mot à dire dans l’élite. Pourtant, malgré cela, les joueurs du XV de France jouent toujours bien plus que leurs homologues sudistes ou d’autres contrées où la fédération est reine. Sans qu'on leur reproche cette pensée, certains diront que c’est à n’y rien comprendre…

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