Big Ben change de poste pour son retour
Il fallait regarder à deux fois la composition de Bordeaux pour son déplacement à Gloucester, vendredi soir, en Champions Cup. Maxime Lucu à l'ouverture, associé à Martin Page-Relo, constituait déjà une curiosité. Mais la véritable surprise se trouve devant. Ben Tameifuna, pilier droit de métier, débutera avec le numéro 5 dans le dos, aux côtés de Cameron Woki. Une association particulièrement inhabituelle pour lancer la défense de la couronne européenne.
Le pari est d'autant plus étonnant que le Tongien revient d'une opération de l'épaule subie en juin. Présent dans le groupe élargi contre Clermont, il n'a pas encore joué cette saison. Yannick Bru lui offre donc une titularisation dans la cage, avec Sipili Falatea au poste de pilier droit. Derrière, Bordeaux conserve une ligne de trois-quarts séduisante, avec Bielle-Biarrey, Moefana, Depoortere et Rayasi.
Ce repositionnement intervient dans un contexte de pénurie à ce poste. Bordeaux doit notamment composer avec les indisponibilités de Cyril Cazeaux et d'Adam Coleman. Une situation qui éclaire le choix de Yannick Bru : plutôt que de bouleverser davantage son paquet d'avants, le manager préfère miser sur l'expérience et la puissance de son pilier tongien. À l'ouverture, les absences de Matthieu Jalibert, Hugo Reus et Arthur Retière expliquent également le repositionnement de Lucu.
148 kg dans la cage, qu'est-ce que ça peut donner ?
Avec ses 148 kg pour seulement 1,82 m, Tameifuna possède un profil plus qu'atypique pour un deuxième ligne. Habituellement, ce poste demande de la puissance en mêlée, mais aussi une véritable contribution dans les airs. Le Tongien apportera surtout son poids et son expérience des combats rapprochés. Reste à savoir comment il supportera les exigences physiques de ce repositionnement après plusieurs mois sans compétition.
Avec son mètre 82, Big Ben ne rend pas seulement quelques centimètres aux deuxièmes lignes traditionnels. Il oblige Bordeaux à repenser la répartition des tâches dans son alignement. Car un numéro 5 ne sert pas uniquement à pousser derrière son pilier : il doit aussi participer à l'organisation des touches, assurer les soutiens et multiplier les déplacements dans le jeu courant. Un registre bien différent de celui d'un pilier droit habitué aux affrontements de première ligne.
Son association avec Woki présente néanmoins un intérêt tactique. L'international français possède les qualités aériennes nécessaires pour assurer une partie du travail en touche. Tameifuna peut, lui, se concentrer sur le soutien des sauteurs, les mauls et les collisions. En mêlée fermée, ses 148 kg derrière Falatea pourraient donner une poussée redoutable. Encore faudra-t-il trouver les bons réglages, car la coordination compte autant que la puissance brute.
La question est surtout celle de l'équilibre. En mêlée, le poids de Tameifuna peut constituer un atout, à condition que sa poussée soit correctement transmise à Falatea. En touche, sa taille limite naturellement son utilisation comme sauteur face à des adversaires plus grands. Et dans le jeu courant, Gloucester pourrait chercher à le faire travailler sur les déplacements latéraux et les replacements défensifs. Autrement dit, ce que Bordeaux pourrait gagner dans les collisions, il devra veiller à ne pas le perdre en mobilité.
Le repositionnement d'un pilier dans la cage n'est d'ailleurs pas totalement inédit. Au Stade Toulousain, Joel Merkler a lui aussi été utilisé en deuxième ligne. Mais le profil de Tameifuna, avec ses 148 kg et sa taille de 1,82 m, rend l'expérience bordelaise particulièrement singulière.
Gloucester possède de quoi répondre
En face, Gloucester aligne Jean Kleyn et Arthur Clark dans la cage, avec Jac Morgan et Jack Clement en troisième ligne. Les Anglais possèdent de sérieux arguments pour contester les ballons portés et imposer du rythme. Leur capitaine Dewi Lake guidera un pack qui aura tout intérêt à déplacer le lourd attelage bordelais.
Les compositions officielles précisent que Morgan évoluera au poste de flanker et Clement au centre de la troisième ligne, avec Deian Gwynne à leurs côtés. Une opposition intéressante pour les Bordelais : le défi ne sera pas seulement de résister à la puissance de Kleyn et Clark, mais aussi de conserver suffisamment de mobilité pour empêcher les avants anglais d'enchaîner les séquences rapides.
Gloucester Rugby
15. George Barton, 14. Will Joseph, 13. Max Llewellyn, 12. Seb Atkinson, 11. Ben Loader, 10. Charlie Atkinson, 9. Dan Robson, 1. Dian Bleuler, 2. Dewi Lake (c), 3. Ciaran Knight, 4. Jean Kleyn, 5. Arthur Clark, 6. Deian Gwynne, 7. Jac Morgan, 8. Jack Clement
Remplaçants: 16. Seb Blake, 17. Val Rapava Ruskin, 18. Eliot Salt, 19. Freddie Thomas, 20. Will Trenholm, 21. Lewis Ludlow, 22. Caolan Englefield, 23. Will Knight
L'autre interrogation concerne la capacité de l'UBB à tenir la distance. Pour son retour, Tameifuna devra enchaîner les courses défensives, les soutiens offensifs et les replacements. Yannick Bru dispose notamment d'Adam Zapedowski et Pierre Bochaton sur le banc pour modifier son paquet d'avants en cours de rencontre.
Avec six avants et seulement deux trois-quarts parmi les remplaçants, Bordeaux s'offre des possibilités pour renouveler son pack au fil du match. Cette configuration pourrait notamment permettre au staff d'adapter son dispositif si l'association Woki-Tameifuna montre ses limites. Reste à voir comment les Bordelais géreront les premières minutes de compétition de leur colosse tongien, plus de quatre mois après son opération.
CHAMPIONS CUP. Gloucester - Bordeaux-Bègles : à quelle heure et sur quelle chaîne regarder le match ?Pour Bordeaux, qui vise un troisième sacre européen consécutif, le déplacement à Kingsholm ressemble déjà à un sérieux examen. Et tous les regards seront tournés vers Big Ben, désormais installé au cœur de la mêlée girondine.
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