Avant de rentrer directement dans l’analyse de cette tactique de laisser des troisièmes lignes dans les couloirs extérieurs, il est toujours utile de rappeler l’évolution physique des joueurs à ce poste. En restant sur des exemples d’internationaux français, si on compare deux troisièmes lignes indispensables au XV de France dans deux époques différentes, l’écart est saisissant. Jean-Pierre Rives, légende des Bleus durant les années 70 et 80, mesure 1,80m pour près de 85kg. François Cros, numéro 6 lors du dernier tournoi des 6 nations, remporté par les hommes de Fabien Galthié, possède des mensurations bien différentes : 1,90m pour 111kg.
Des différences qui s’expliquent par la professionnalisation de ce sport, l’impact de la musculation et plus globalement de la préparation physique autour des joueurs. Ces changements impliquent des modifications dans le style de jeu, comme cette adaptation avec des troisièmes lignes placés sur les extérieurs. Une stratégie utile pour plusieurs raisons, prioritairement pour s’appuyer sur le physique de ces joueurs et tenter de franchir la ligne défensive face à des trois-quarts.
Plus de puissance
Même si les arrières sont de plus en plus puissants, eux aussi, avec des ailiers et des centres aussi costauds que des avants (Jonathan Danty, Jordie Barrett, Joseph Sua’ali’i, Semi Radradra…), les avants réussissent souvent à faire la différence dans leurs duels face à des joueurs plus légers. Leur puissance permet d’avancer au moment de l’impact, voire de franchir la ligne d'avantage grâce à leurs qualités de duel.
Cet aspect physique, additionné au fait de recevoir des ballons avec de la vitesse et plus d’espace à jouer, rajoute de l’incertitude sur les défenseurs des lignes arrières. Cette création de surnombre déstabilise ainsi la défense adverse, qui peut se retrouver plus friable au milieu de terrain par la suite. C’est notamment le cas lors de cet essai du troisième ligne argentin des Saracens Juan Martin Gonzalez, après un décalage réalisé dans les couloirs grâce à une passe après-contact de son coéquipier et numéro 6 Théo McFarland.
Fluidifier le jeu
Au-delà de la dimension physique des troisièmes lignes, leur positionnement dans les couloirs permet également d’apporter plus de vitesse dans les phases de rucks. Ils amènent de la puissance pour faciliter les libérations de balle et enchaîner les temps de jeu. Une phase primordiale pour réaliser des transitions après une percée ou de l’avancée, en continuant sur cette dynamique sans perdre trop de temps à conserver le ballon.
Toujours dans ce souci de fluidifier le jeu, cette tactique permet aussi d’avoir des joueurs capables de passer les bras derrière la ligne de défense et de jouer après contact. On pense notamment aux joueurs fidjiens comme Leone Nakarawa, Viliame Mata ou encore Semi Kunatani, spécialistes de ces gestes techniques.
Mais il s’agit également d’un replacement logique des avants qui sont généralement répartis en cellule de trois, avec des joueurs répartis dans les couloirs après une phase de conquête (souvent des troisièmes lignes) ou dans le jeu courant. C’est le cas sur cet essai du troisième ligne de l’UBB Pete Samu face au Racing. Une action où l’Australien se colle sur la ligne de touche opposée avant même la percée de son coéquipier Rohan Janse Van Rensburg.
Des troisièmes lignes de plus en plus décisifs
Le rôle de ce poste de troisième ligne a donc bien évolué, avec des joueurs plus rapides, plus puissants qui se servent de leur explosivité pour franchir et être à la finition de plus en plus d’essais. Des joueurs comme Ardie Savea, Michael Hooper, Justin Tipuric ou plus récemment Henry Pollock inscrivent énormément d’essais pour leur club ou leur sélection. C’est évidemment le cas du Français Charles Ollivon qui s’est notamment illustré dans ce positionnement sur les extérieurs du terrain.
Il y a donc eu une adaptation du jeu dans les couloirs avec des troisièmes lignes, voire des talonneurs, comme peut le faire l’Irlande avec Dan Sheehan. Une stratégie qui permet d’assurer la conservation de la balle dans les rucks mais aussi de franchir grâce aux qualités actuelles des troisièmes lignes.
lebonbernieCGunther
Ca semble logique, le poste de flanker étant à mes yeux le plus polyvalent de tout le XV. Mis à part le jeu au pied (et encore...), ils savent à peu près tout faire. Ce sont les décathloniens du rugby.
Jak3192
Ah ben dis donc ! 😲
Oh Le 'Nistère !
Encore quelques articles comme ça et je comprendrai (mieux) le rugby !
😊
Bravo !!!!!!! 👍👍👍👏👏👏
Chandelle 72
Merci pour cet article très intéressant qui parle de stratégie, de placement, d'évolution du jeu qu'on ne perçoit pas forcément de façon précise
et qui se termine invariablement pour moi par un commentaire du genre:
Bravo, ça c'est bien joué !
gjc
Ca doit faire pas loin de dix ans qu'on voit des attaques avec des avants stationnés dans les couloirs, non? Souvent avec un système en 1-3-3-1, parfois avec des variantes comme ce 1-3-2-2 avec McFarland et George sur l'aile.
Aristaxe
Article très intéressant et pertinent. Merci.