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Le Rugby doit-il se réformer pour devenir plus sûr ? L'avis résolu du Professeur Chazal

Le professeur Jean Chazal, neurochirurgien reconnu, estime que le rugby doit évoluer pour devenir plus sûr et ainsi réduire les risques pour les joueurs.

Thibault Perrin 11/05/2023 à 15h45
Le professeur Jean Chazal, neurochirurgien reconnu, estime que le rugby doit évoluer. Crédit image : Screenshot Youtube France 3/BeinSports
Le professeur Jean Chazal, neurochirurgien reconnu, estime que le rugby doit évoluer. Crédit image : Screenshot Youtube France 3/BeinSports

RUGBY. ''Quand on est foutu, on part à la casse'', vers une fin de carrière, Sébastien Vahaamahina allume l'ASMRUGBY. ''Quand on est foutu, on part à la casse'', vers une fin de carrière, Sébastien Vahaamahina allume l'ASMLes récentes déclarations de l'ancien deuxième ligne du XV de France Sébastien Vahaamahina ont provoqué beaucoup de réactions dans le monde du rugby. Si pour l'heure l'ASM n'a pas commenté officiellement ces propos, d'autres comme Jean Chazal, neurochirurgien reconnu, ont réagi. Au-delà de son cas, qu'il a commenté dans les colonnes du Figaro, en expliquant notamment que l'ASM était un des clubs les plus impliqués en ce qui concerne la santé des joueurs et le traitement des commotions. Il a surtout insisté sur le fait que le rugby dans son ensemble devrait prendre des mesures radicales pour réduire au maximum les risques et empêcher les drames comme il y a pu en avoir ces dernières années. "Après le décès tragique d’Ayrton Senna en 1994, la Formule 1 a su se réformer, changer ses règles de sécurité. Je pense qu’on pourrait faire la même chose au rugby." Mais les instances, les joueurs et les supporters sont-ils prêts à voir leur sport évoluer ? "On nous bassine avec la ligne des épaules en dessous de laquelle il faut plaquer", lance le professeur Chazal. Mais est-ce suffisant ? Quant aux sanctions, il considère qu'elles "sont vraiment aléatoires : carton jaune, rouge, suspension de trois jours à six semaines... C’est à géométrie variable". Et certaines peuvent être réduites après une formation au plaquage.

Selon lui, il faut non seulement plus de sévérité mais aussi revoir totalement l'approche que l'on a du rugby. "Si Tekori avait été suspendu un an, personne n’aurait recommencé", explique-t-il en référence à son plaquage sur Beheregaray qui avait entraîné un arrêt de travail de trois mois contre six jours de suspension pour le Toulousain. Le rugby se démarque de beaucoup de sports mais ce n'est pas forcément une bonne chose. "Il n’y a pas de catégories de poids dans ce sport de combat : vous pouvez affronter un joueur de 120 kg alors que vous n’en pesez que 80..." Le rugby sport pour tous, mais à quel prix ? "Autrefois c’était un sport de dextérité et de vitesse, on en a fait un sport de combat qui permet des affrontements individuels et collectifs d’une extrême violence". Pour Jean Chazal, il faudrait former les joueurs au combat avant même de les former au rugby. "Je ne connais pas de sport de combat où on lance les joueurs dans l’arène avant de les former à l’affrontement. Au rugby, on le fait après, on fait tout à l’envers."''Le rugby ne sera jamais parfaitement sûr'', estime l'ancien international gallois Sam Warburton''Le rugby ne sera jamais parfaitement sûr'', estime l'ancien international gallois Sam WarburtonMais pourra-t-on vraiment rendre le rugby à 100% sûr ? Beaucoup en doutent. Du moins dans sa forme actuelle avec 15 joueurs sur le pré, des rucks, des mêlées sans oublier des plaquages qui peuvent se produire alors que le joueur n'est pas prêt à l'impact. Faut-il tendre vers un rugby avec moins de contacts ? Voire moins de joueurs ? On pense notamment au rugby à 7 qui, de par ses règles, est non seulement plus spectaculaire et accessible, mais aussi moins sujet aux blessures. Bien évidemment, comme dans toutes disciplines, le risque 0% n'existe pas. Mais du fait du nombre réduit de joueurs sur le pré, les rucks sont moins disputés à l'instar des mêlées. Les gros plaquages sont également très rares. Non seulement car les joueurs ont plus tendance à faire parler leur vitesse pour jouer dans les espaces. Mais aussi parce qu'en cas de carton jaune pour un geste dangereux, vous laissez vos coéquipiers à six sur le terrain. Ce qui donne un énorme avantage à l'équipe adverse. Les arbitres n'hésitant pas à sortir un joueur pour deux minutes pour un plaquage haut, même s'il n'est pas violent. Avant d'en venir à un changement radical des règles du rugby à XV, on peut penser qu'une meilleure formation des joueurs dès le plus jeune âge ainsi qu'une plus grande sévérité des sanctions font partie des solutions dans un premier temps.

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Samuidesune
Samuidesune
Euh la Formule 1 y a eu d'autres morts après Senna, hein... mauvaise exemple
p.coutin
p.coutin
Clarifier la règle de l'entrée dans les rucks en interdisant les entrées lancées, clarifier l'application de la règle sur les placages hauts : c'est à dire déjà obliger le plaqueur à se baisser, rouge dans tous les cas de contact tête/cou, même accidentel... Donner un barème de suspension sans interprétation... 9 accidents sur dix serait évités. On y verrait rapidement plus clair...
Jacques-Tati-en-EDF
Jacques-Tati-en-EDF
Depuis l'ère du professionnalisme, on a vu les volumes de courses des joueurs, leur activité doubler pratiquement. Donc forcément il se trouve qu'il y a eu progressivement de moins en moins d'espaces et donc de plus en plus de confrontations directes et de jeu de pression. Lorsqu'on parle de haute intensité, on parle de la capacité collective d'une équipe à multiplier les efforts afin de maintenir sa position dans l'espace du terrain, placement et de replacement, de répétition des efforts. La dimension du combat me parait incontournable à XV, mais il me semble qu'il serait possible, outre les protections suplémentaires que l'on pourrait apporter aux joueurs et l'apllication de nouvelles règles voire de sanctions plus sévères, de modifier certaines choses. Enlever un 3 ème ligne et un joueur derrière proposerait le même jeu mais à XIII contre XIII. Il serait intéressant d'ailleurs stratégiquement de voir les différentes variables qu'il serait possible d'effectuer avec ces joueurs en moins. On augmente la variabilité stratégique et on augmente aussi les espaces forcément, donc on diminue les phases de confrontation directe sans tomber dans du VII. Un réglementation du placage bien plus drastique serait aussi un moyen de libérer davantage le jeu. Interdire le blocage du ballon par exemple, ou le placage à 2, ou descendre encore plus bas la limite du placage ( bassin , taille, torse ...) Les phases de rucks diminueraient ainsi que les blessures qui en découlent. Je crois qu'il y a des moyens de limiter les choses.
stef7
stef7
@Mickey duc tout à fait d'accord, de tout temps le rugby a été un sport de combat, du rugby sans plaquage ni contact c'est de la danse et même en danse il y a des accidents. De vrais sanctions équilibrées vont dans le bon sens mais ne font pas tout (20 ans de rugby, 3 opérations du genou, le premier accident : un genou déboité sur un magnifique cad,deb subi....La chaussure dans la pelouse mais le genou a tourné, le tout sans contact.........) On peut lutter mais pas avoir le 0%, c'est du rêve. On a vu des plaquages "mal faits" qui ont fait des dégâts.... On ne peut pas tout prévoir....
Mickey duc
Mickey duc
Je ne dis pas qu il faut pas changer les règles. Mais un point de l article m enerve particulièrement. Il faut arrêter de dire que le rugby a 7 est plus spectaculaire ... le spectacle ce n est pas forcément plein d espace et des essais toutes les deux minutes... une mêlée à 8 contre 8, des gros plaquages, des mauls cela fait partie du spectacle. La beauté du rugby c est justement ce mélange combat, vitesse, pied, main, technique .... le rugby a 7 à bien moins de combat alors que la technique et la vitesse reste très présente à 15. Et le spectacle réside aussi dans la difficulté, je trouve bien plus beau de voir des joueurs comme Penaud ou Kolbe passer dans un trou de souris dans un xv contre xv que les grandes envolées sur des terrains vides comme on voit à 7.
AKA
AKA
N’ ayant jamais ciré les bancs de la fac de médecine ni assisté à un cours magistral de médecine et encore moins de neurologie je ne me lancerai pas à contredire cet éminent spécialiste! Mais je le trouve bien juge et partie étant dans le staff médical de l’ ASM et sa tirade «Pourquoi se retourner contre l'ASM ? Parce que c'est un bon payeur, il est facile à tondre..." n’ est pas digne de ce spécialiste qui devrai prendre un peu plus de hauteur
Aristaxe
Aristaxe
Plusieurs remarques : Premièrement, les catégories de poids au rugby existent en Nouvelle-Zélande, certes, mais seulement quand il y a suffisamment de licenciés. Dans des coins plus ruraux ça n'existe pas. Donc c'est une fausse solution, puisqu'elle ne peut pas être appliquée partout. Deuxièmement, il y aura toujours des commotions dans un sport de contact. Il faut donc d'abord établir un seuil satisfaisant. A partir de combien de commotions par minutes est-ce inacceptable ? Quel seuil devrait-on atteindre pour être considéré comme un sport "sûr" ? Est-ce qu'il y a seulement un consensus possible ? Troisièmement, il y a beaucoup moins de pilotes de formule 1 que de joueurs de rugby (même en comptant seulement les pros), donc forcément la mort d'un pilote a beaucoup plus d'impact. La formule 1 possède également des moyens techniques pour assurer la sécurité de ses pilotes, pas le rugby. Cette comparaison a donc très peu de sens. Quatrièmement, lance-t-on vraiment les joueurs dans l'arène sans les préparer ? Mes premiers entraînement incluaient des exercices sur le plaquage, parce que c'est quand même l'un des gestes de base de notre sport. Je n'ai jamais eu la sensation d'être lancé en plein match sans avoir une certaine maîtrise de la technique. Peut-être certains entraineurs ne prennent-ils pas le temps d'enseigner la technique correctement, auquel cas c'est effectivement inquiétant, mais il faudrait tout de même prouver que c'est une situation généralisée avant de la dramatiser. Cinquièmement, le rugby a toujours été un sport de combat, de dextérité et de vitesse, les trois à la fois. La professionnalisation a rendu les joueurs plus puissants, plus rapides, plus adroits. Alors on fait quoi ? On redevient amateur ? On ne prend que les plus mauvais athlètes ? Il n'y a pas de solutions à ce problème malheureusement. Sixièmement, il est écrit dans l'article que le rugby à sept est moins dangereux. C'est faux. Une étude a trouvé qu'il y avait plus de commotions à sept, et qu'elles étaient en moyenne plus graves qu'à XV. Pourquoi ? Parce qu'à sept, les joueurs sont plus légers donc plus rapides et qu'il y a plus d'espaces. Résultat ? Les collisions se font à une vitesse plus élevés et les impacts sont donc plus important. L'aspect cloisonné et combatif du XV n'est peut-être pas une si mauvaise chose après tout. Voilà un lien vers cette étude pour ceux que ça intéresse : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24659504/ Pour conclure, le vrai moyen de lutter contre les commotions, c'est d'améliorer au maximum la technique de plaquage des joueurs, respecter les protocoles mis en place, que ce soit pour la détection des commotions ou les protocoles de retour au jeu, affiner les règlements pour encourager des attitudes plus positives et sanctionner les comportements à risque. Je trouve que notre sport ne s'en tire pas si mal. Alors ça n'est pas parfait, c'est sûr. Il y a un gros chantier à faire sur les rucks, mais World Rugby a je trouve fait un gros boulot pour lutter contre les plaquages dangereux. Les protocoles sont faillibles parce que les humains sont faillibles, mais la mise en place des protocoles commotions et des délais de retour en jeu ça a quoi, même pas une quinzaine d'année ? Forcément que la bonne formule est dure à trouver ! Notamment parce que la recherche scientifique sur les traumatismes crânien est-elle même très récente finalement, et il y a encore beaucoup d'incertitudes. Les sanctions ont un caractère aléatoire, mais elles existent. Tirer la sonnette d'alarme en disant qu'on ne fait pas assez sans jamais rien proposer c'est facile. Mais c'est surtout un discours qui verse dans le pathos et qui ne fait pas vraiment avancer le schmilblick. Parler des règles déjà ça sera plus constructif. Devrait-on autoriser les joueurs défendant un ruck à plonger même si c'est pour déblayer un adversaire ? Ca c'est une question qui a du sens par exemple, et qui peut inviter à un débat constructif avec des arbitres, des joueurs anciens et actuels, pros et amateurs, des dirigeants, des supporters...
fabien81
fabien81
Avant de vouloir réformer encore plus le rugby commençons déjà par appliquer plus sérieusement les règles existantes, des règles ont été mises en place et on en voit déjà les effets il faut continuer dans ce sens. Le rugby est déjà plus sur qu'il y a 5 ou 10 ans et si on continue sur ce rythme il le sera encore plus dans 10 ans. Le problème des commotions ne doit pas être traité par WR mais par les médecins des clubs, c'est à eux de faire attention à la santé des joueurs, c'est à eux de dire quand un joueur est pas apte à jouer, si l'entraineur s'oppose à eux il doit leur rappeler qui a les diplômes pour soigner et non pas se taire, eux aussi devraient rendre des comptes. Les joueurs aussi doivent assumer, quand un truc va pas ils doivent en parler à leur médecin, c'est trop facile de mentir pendant sa carrière et pleurer après parce que les clubs font rien, mais les clubs peuvent pas deviner qu'un truc ne va pas si on leur en parle pas
oscarbp
oscarbp
Je vois mal le championnat des moins de quatre-vingt kilos !!! une équipe est constituée pour que chacun y ait une place, il y a les gros, les grands, les rapides et au milieu le neuf :) :) Je ne sais plus qui disait "il y a ceux qui jouent du piano et ceux qui le déménagent". mais en fait c'est ça l'esprit.
Jièl
Jièl
En complément de cet article, je vous invite à lire ce qu'il pense de l'affaire Vahaamahina sur Rugbyrama. On en reparle après ? https://www.rugbyrama.fr/2023/05/11/faits-divers-sur-le-plan-medical-ca-ne-tient-pas-la-route-le-professeur-chazal-reagit-a-laffaire-vahaamahina-11188707.php
coupdecasque
coupdecasque
"Autrefois c’était un sport de dextérité et de vitesse" Pas du tout, les joueurs de 120 kilos n'étaient juste pas remplacés et n'avaient pas la même endurance qu'aujourd'hui. Les contacts étaient bien plus dangereux avec des vengeances en direct sur le terrain. En terme de sanction on devrait avoir des médecins indépendants qui décident du nombre de jours de repos. Si la victime a 3 mois d'arrêt, le joueur sanctionné a 3 mois d'arrêt aussi. Si la victime peut rejouer, on met un barème fixe avec 3 semaines pour un déblayage à la tête etc.
pascalbulroland
pascalbulroland
Sanctionner Tekori d'1 an de suspension me parait ridicule, mais le sanctionner jusqu'au retour du joueur qu'il a blessé me parait plus "juste" Comparer ce qu'à fait la formule 1 suite au décès de Senna avec le rugby est aussi ridicule
Les moyens financiers de la formule 1 sont tout autre que ceux du rugby, et à chaque décès de pilote, il y a eu une amélioration...ce qui est malheureux, c'est qu'il faille des morts pour que ça bouge
Quant à dire qu'avant le rugby était un sport de dextérité et de vitesse et qu'on en a fait un sport de combat, ce monsieur a oublié la violence des matchs à l'époque de l'amateurisme
Très déçu de l'analyse de ce grand neurochirurgien qui a été l'un des pionnier pour la lutte contre les commotions
"Il n’y a pas de catégories de poids dans ce sport de combat : vous pouvez affronter un joueur de 120 kg alors que vous n’en pesez que 80..." , c'est faux, chez les jeunes en NZ, ils font des catégories de poids et on pourrait s'en inspirer
Il signale bien sur l'affaire Vahaamahina que Clermont a été l'instigateur des protocoles commotion et que ce club est en pointe sur la protection des joueurs, leur faisant passer un IRM chaque mercredi...et que certains joueurs ne viennent pas
Sa conclusion étant que l'ASM sert de tiroir caisse
J'aurais aimé qu'il insiste sur le repos obligatoire suite à une commotion qui selon lui est trop court dans le temps
J'ai lu son livre sur le rugby qui tue, à part expliquer le fonctionnement du corps et du cerveau lors de chocs violent, je n'y ai pas vu de solutions...et je n'en vois toujours pas dans ces dires
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