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Le système défensif du XV de France est-il parfait ? [ANALYSE]

La défense du XV de France impressionne depuis le début du Tournoi des 6 Nations. Le système Shaun Edwards est simple, mais peut connaître certaines limites.

Boukercha Oussama 12/02/2020 à 17h24
Teddy Thoms n'est pas seul fautif. (crédit : BBC)
Teddy Thoms n'est pas seul fautif. (crédit : BBC)

Depuis le début du Tournoi, la défense du XV de France est plébiscitée dans l'Hexagone et à l'étranger. Ce système est bien connu des Gallois puisque c'est Shaun Edwards, ancien membre du staff gallois, qui en est responsable. L'objectif ? Mettre un maximum de pression sur le porteur de balle et ses soutiens. De quelle manière ? En montant fort et en coupant les extérieurs. L'autre point fort de cette défense est le nombre de joueurs consommés sur les rucks adverses. Une ligne peut se reformer et aller chasser le ballon. Un seul joueur a la responsabilité de gêner la sortie de balle en disputant le ruck et il semblerait que Grégory Alldritt a bien compris son rôle. Face à l'Italie, il a ralenti les sorties de balle pourtant rapides de la charnière.

Mais un tel système défensif demande une concentration et une unité parfaite de tous les joueurs. Il suffit qu'un seul s'oublie, et face à des joueurs capables de trouver les failles, l'équipe peut très vite prendre l'eau. Face à l'Angleterre, les ailiers ont souvent été responsables des montées défensives fortes ou en inversées, laissant leur propre couloir à leurs homologues. Face à l'Italie, le premier essai vient après plus de 11 temps de jeu de la part des Italiens dans les 22 mètres français. Le point de rupture de la concentration ? Sûrement.

Le petit côté 

Cette action démontre les risques d'une montée en pointe sans contrôler la présence de son ailier.

Après un dégagement français qui ne trouve pas la touche, nos Bleus réussissent tout de même à mettre sous pression les Italiens. Un seul Français dans le ruck contre 4 Italiens. Teddy Thomas ne récupère pas son aile même si Julien Marchand lui demande. Mais le temps est trop court avec une libération rapide du 9 adverse. 

Les Français ne glissent pas assez vite, mais Antoine Dupont décide seul de monter en pointe sur le centre italien en position de 10. Il y a un surnombre défensif avec 3 Français contre 2 Italiens. Anthony Bouthier tient sa position d'arrière, mais le problème est que le petit prodige ne se soucie pas de savoir si son ailier est présent et l'accompagne sur cette montée.

En dernier lieu, les Italiens se retrouvent en situation de deux contre un et le seconde ligne de la Squadra continuera sa course sur 15 bons mètres. L'Italie échouera sur l'aile opposée avec un bon plaquage de Bouthier à 5 mètres de sa ligne.

Défense après jeu au pied

Cette action concerne le système défensif après jeu au pied (dégagement). Même si Anthony Bouthier est capable de dégager sur 80 mètres, il est rare que l'équipe adverse ne relance pas après un jeu au pied depuis notre ligne des 5. Le temps que la défense monte est parfait pour une relance de jeu. Malgré tout, il y aura 2 temps de jeu avant que cette action ne survienne :

Les Italiens jouent en pivot avec leur numéro 8 et Allan envoie le ballon au large. Gaël Fickou est entre le 10 et le centre adverse et ne peut pas monter fort. Arthur Vincent décide de mettre la pression aux Italiens qui se retrouvent en 3 contre 1. Heureusement que le joueur Italien décide de faire une passe sautée, car Teddy Thomas est seul, laissant encore une fois son couloir à Bouthier. 

La défense à l'aile est simple : l'ailier prend le 15 et notre 15 prend l'ailier. Mais sur une telle action à 50 mètres de notre ligne, il suffit de contrôler en glissant pour amener l'attaque italienne vers la touche. L'autre souci est la zone centrale, laissée libre par Antoine Dupont. Vincent Rattez vient de plaquer son vis-à-vis et est encore au sol, son rôle est de garder sa zone entre la touche et les 15 mètres, de la ligne de hors-jeu à son en-but. Mais Antoine Dupont s'oublie et laisse la zone "poteau" (entre les 15 mètres de chaque côté). Heureusement pour nos Bleus, Minozzi commet un en-avant après une passe très mal ajustée, sinon il se retrouvait en situation de un contre un avec Bouthier et le champ libre intérieur, hormis Mohamed Haouas.

Antoine Dupont dans la ligne

Sur cette action, les Italiens enchaînent les temps de jeu, mais nos Bleus montent bien, à 22 mètres de leur ligne. Cependant, Tommaso Allan trouve quelques fois la brèche sans jamais conclure. 

Le système Shaun Edwards est bien visible ici. La troisième ligne aile se concentre sur le numéro 10, laissant la ligne aux Français et empêchant l'ouvreur d'effectuer sa passe. Pourquoi ? Tout simplement pour rester le plus proche du combat et faire intervenir un joueur dans le ruck afin de récupérer le ballon. Mais il ne faut pas rater le plaquage, car les trois-quarts montent fort et dépassent le ballon. 

Allan rentrera sa course, aucun coéquipier ne sortira à hauteur. Ouf. 

Un simple pivot et la France souffre

L'essai italien vient d'un simple pivot entre le numéro 8 et Allan. Tout comme l'action de relance plus haut où les Français sont mis à mal. Les trois-quarts montent trop vite et des brèches se créent dans la zone 10. Il suffit de jouer autour de lui.

On voit Bernard Le Roux qui se place axial du plaqueur pour venir contester le ruck. Malheureusement, la balle va jusqu'à Tommaso Allan qui prendra l'intérieur d'Antoine Dupont qui manquera son plaquage en décidant de contester le ballon. Derrière, Teddy Thomas monte comme pour intercepter et ne fait pas l'effort de ralentir sa course.

L'ailier francilien se voyait déjà dans l'en-but, mais Allan garde le ballon. Il est déjà trop tard : il n'y a plus de Français formant la ligne.

Encore une fois, Bernard Le Roux se concentre sur le porteur de balle, qui a déjà un genoux à terre. Tout va très vite à ce niveau, mais s'il avait continué sa course en glissant, il serait sur l'arrière italien. Teddy Thomas est déjà loin, malgré son retour, il ne peut pas combler le déséquilibre.

Oui, mais ?

Il y aura toujours des moments où l'attaque prendra le dessus sur la défense. Mais même si elle se fait percer, la défense peut rattraper le coup avec les autres rideaux défensifs. Mais le problème sur ce système de défense est qu'Antoine Dupont est bien trop souvent dans la ligne, laissant sa zone en second rideau libre. Sûrement une demande du staff, rajoutant un joueur (et bon plaqueur) dans le premier rideau et laissant Anthony Bouthier très à l'aise seul en fond de terrain.

Malgré la percée italienne, si le numéro 9 gardait l'intérieur de son arrière, le déséquilibre pouvait se rattraper en prenant chacun un joueur, même si Teddy Thomas est en poursuite. Il y aurait eu donc trois phases de plaquages différentes : de face avec Bouthier qui prend le plus large, sur le côté avec Antoine Dupont qui prend le joueur le plus intérieur, et Teddy Thomas en poursuite sur celui du milieu. Mais avec des si, on peut refaire le monde à notre façon.

Teddy Thomas n'est donc pas le seul fautif sur toutes les actions défensives. Le système de jeu demande de la rigueur et il faut laisser le temps aux joueurs de s'adapter. Il suffit d'un mauvais choix pour que le déséquilibre survienne. 

Ahki lafaute
Ahki lafaute
Merci beaucoup pour cet article de qualité qui change des articles putaclics ! C'est pour ça qu'on vous aime au rugbynistere. De l'humour mais aussi du fond ! Continuez comme ça, on en redemande.
ginobigoudi
ginobigoudi
Le système demande surtout de l'analyse, rapide, du jeu, et même de l'anticipation... Le cas étudié de Le Roux montre bien qu'il faut savoir sortir des schémas et s'adapter... C'est la limite de toute défense : elle est aussi faîte pour être contrée... Idem pour Dupont qui monte sans savoir si Thomas est là et le suit... La vitesse d'adaptation, la lecture, ce n'est ni du cardio ni de la muscu... C'est du cerveau...
Imanol votre idole
Imanol votre idole
La bonne nouvelle, et j'espère que c'est dû à Shaun Edwards car cela signifierait qu'il imprime déjà sa marque, est que la défense française est bien plus aggressive qu'avant. A défaut d'être la plus imperméable puisque nous encaissons 5 essais en 2 matchs, elle est pour l'instant celle qui a engendré le plus de turnovers et qui a executé le plus de plaquages dominants dans ce Tournoi. Pour autant j'ai deux inquiétudes: - c'est un système défensif extrêmement intense, fatiguant, et nos joueurs ne tiendront pas le rythme sur la durée du Tournoi. On les voit déjà flancher en 2e mi-temps. Cela ce règlera avec le temps car nos joueurs sont jeunes et athlétiques et vont vite prendre le pli notamment gràce aux entrainements "à haute intensité" de Fabien Galthié dont plusieurs personnes se moquent ou se plaignent car ils entrainent des blessures musculaires mais qui seront pourtant salvateurs. - le 2e rideau n'est pas encore au niveau. Je ne vise personne en particulier car c'est un problème collectif, mais un franchissement adverse entraine souvent des points marqués car une fois notre premier rideau franchi la couverture est mal assurée. C'est à mon sens le gros point à améliorer car avec une meilleure organisation May ne marque aucun de ses deux essais. En tout cas ne faisons pas trop les fines bouches car la balance est du côté positif mais ne nous voyons pas plus beaux que nous sommes car on risquerait d'être vite déçus.
gregi
gregi
Super article ! Encore ! Encore ! ❤️
Erwan CZ
Erwan CZ
Vous pouvez mettre le meilleur système de défense en place, si vous avez des joueurs qui ne veulent pas mettre la tronche, ca ne tiendra pas. Teddy Thomas a de grosses qualités offensives mais défensivement... A ce niveau, c'est impardonnable et la "poussette" pour arrêter un attaquant n'a pas fait ses preuves, en tout cas dans notre sport de combat qu'est le rugby.
gjc
gjc
super article, merci, on en redemande! On voit bien la nouveauté de ce système : montée en pointe du 13 avant l'ailier et flexibilité du 9 qui tantôt couvre le fond de terrain tantôt rejoint une ligne de 14 joueurs. Logiquement Dupont, Rattez, Vincent et Thomas ont souffert, mais on peut aussi penser qu'ils apprendront vite. A condition bien sûr que Galthié assure la continuité promise. On comprend mieux aussi pourquoi Gatland ou Schmidt ont longtemps préféré des arrières comme Halfpenny ou Kearney excellents dans leur placement en fond de terrain alors qu'ils avaient à disposition des joueurs plus dangereux ballon en main.
LaGuiguille
LaGuiguille
puisque vous vous posez la question: aucun systeme n'est parfait que je sache
Ba Fien
Ba Fien
Merci pour cet article ! Du pur rugby, même pour des rugbyman aguerris, on apprend des choses et visualise encore mieux la difficulté de cette défense. Encore plus d'article de ce style et stop aux d'articles buzz et Putaclic :D
Vae Victis Brennos
Vae Victis Brennos
Bravo, franchement l'article est excellent ! Merci beaucoup, on comprend bien l'enjeu qu'il y a autour de Dupont et on constate que les joueurs on encore du mal dans la lecture du jeux, à avoir quand est-ce qu'il faut glisser, quand est-ce qu'il faut monter. Pas d'inquiétudes pour autant, les joueurs apprendront à discerner avec le temps passé sur le terrain (voilà peut-être un des raisons pour laquelle Dupont est resté longtemps sur le terrain, même un peu carbo) et avec les entrainements de Edwards. Continuez avec les articles de ce genre, on se régale !
Pianto
Pianto
un système défensif c'est une organisation de principe mais il restera toujours les prises d'initiatives personnelles en fonction de ce qu'on ressent. Là, une montée en pointe de Dupont, une autre de Vincent, une troisième de Thomas et il y a un déséquilibre parce qu'ils sont un peu seuls et laissent des espaces. A plein d'autres moments, les initiatives personnelles qui sortaient du cadre ont porté leurs fruits. Plus les joueurs accumuleront les matchs et les situations ensemble, mieux ils sentiront les coups et anticiperont les compensations. L'effet que j'ai ressenti en regardant les matchs c'est qu'on paraissait être en surnombre la plupart du temps. Les déblayages étaient efficaces et on se consommait moins que d'habitude dans les rucks. Pour moi, c'est surtout ça qui a changé.
Kad Deb
Kad Deb
Très bonne analyse du système défensif et de ses limites. Mais quel système fonctionne parfaitement ? La qualité d'exécution sera toujours déterminante, quel que soit le système. Si les plaquages sont ratés ou pas assez agressifs... Par contre, on insiste beaucoup sur la défense, mais peu sur l'attaque. Or l'EdF a inscrit 8 essais en 2 matches, dont 3 contre des Anglais justement réputés pour leur défense. Lors du premier tournoi avec Brunel, en 2018, la défense avait aussi été solide, surtout contre les Irlandais lors du 1er match. Par contre, l'attaque était beaucoup moins efficace. Pourquoi cette différence ? J'ai bien ma petite idée, mais une analyse tactique détaillée serait également bienvenue.
hasiotus
hasiotus
Une défense ne sera jamais parfaite, déjà. Ensuite, est-ce que le système défensif du XV de France est bien exécuté? Non, les joueurs n'ont pas encre les automatismes ou n'ont pas encore bien assimilé les directives de Shaun Edwards et c'est normal (seulement la deuxième rencontre officielle sous ses ordres). Attention toutefois aux joueurs Français d'être rigoureux dans l'exécution des consignes!
lelinzhou
lelinzhou
"Le système défensif du XV de France est-il parfait ?" Apparemment non puisqu'on prend 2 essais contre l'Angleterre et 3 contre l'Italie.
adourAB
adourAB
Dans l’image de l’article « Défense et jeu au pied », on peut voir que les joueurs comme Dupont et d’autres n’ont comme solution que se replier défensivement vers le poteau de touche de leur en-but pour espérer défendre sur leur ligne, sinon ils n’ont aucune chance de pouvoir plaquer un italien. Suffit de reporter les distances entre chaque protagoniste et la ligne d’en-but.
ouvreur10
ouvreur10
Bon article dans le fond mais moins dans la forme. Une ironie un peu lourde telle que "le problème est que le petit prodige.." Le petit prodige dont il est question, tout le monde l'encensait après sa cartouche sur Heinz.
Bitch Bucannon
Bitch Bucannon
On en parle de la défense en 13-2 ? Car il semble que la France fasse pareil dans son camp et je trouve ça très intéressant. D'ailleurs, World Rugby a fait un petit article dessus : https://www.world.rugby/news/493342?lang=en
Yann Béli
Yann Béli
CHAPEAU BAS à sieur Boukercha ! Du grand art, merci mon doux seigneur
adourAB
adourAB
Dans ce jeu en ligne, plus de second rideau défensif cher à nos anciens. Le surnombre est souvent le fruit de la rapidité d’exécution. La télé nous montre trop de plans serrés tassant les distances. Seules ces images en plan large prises en hauteur montrent la réalité du jeu, et cela change tout. Avec les progrès techniques nous auront bientôt droit de la part du rugbynistere à une animation avec les distance et la vitesse de déplacement des joueurs. J’estime dans le jeu une moyenne de 5m parcourus par un défenseur pour se déplacer. Quand on voit le temps souvent perdu pour éjecter le ballon des rucks!!!!!!!!!
Team Viscères
Team Viscères
Oussama c'est moche de me laisser critiquer le manque d'articles tactiques alors que tu avais ça en réserve...
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