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Décryptage. Pourquoi le manque d’un véritable 12 en équipe de France est problématique ?

Suite à la nouvelle association de centres avec Yoram Moefana et Pierre-Louis Barassi, le XV de France est toujours à la recherche d’un premier centre.

Hugo Gens 06/02/2025 à 19h00
Le XV de France a du mal à trouver une alternative à Jonathan Danty sur le poste de premier centre. Crédit image : Screenshot Youtube CANAL + Sport
Le XV de France a du mal à trouver une alternative à Jonathan Danty sur le poste de premier centre. Crédit image : Screenshot Youtube CANAL + Sport

Si la paire Jonathan Danty / Gaël Fickou reste la paire la plus utilisée par Fabien Galthié durant son mandat, le staff des Bleus semble avoir du mal à trouver de nouveaux centres aussi complémentaires. En prévision de la prochaine coupe du monde, le XV de France teste différents joueurs afin de trouver sa paire titulaire, même si le manque d’un véritable 12 se fait ressentir.

Quelles différences entre un 12 et un 13 ?

Dans les lignes arrières, le premier centre est généralement un gros porteur de balle, plus puissant que le numéro 13, qui aura tendance à jouer les duels sur les extérieurs grâce à sa vitesse. À l’image de ce que réalise Bundee Aki avec l’Irlande, le numéro 12 touche énormément de ballons au centre du terrain pour fixer des joueurs adverses et libérer plus d’espaces pour ses coéquipiers. Le premier centre possède donc un rôle primordial pour créer de l’avancée et franchir la ligne d’avantage, lors d’une première possession, après une phase de conquête par exemple.



Son impact se fait également ressentir en défense, puisqu’une des qualités primordiales du numéro 12 moderne est de réaliser des plaquages offensifs au centre du terrain. Ce joueur se doit de remporter son duel pour empêcher l’équipe adverse de mettre en place son jeu de mouvement, en essayant de profiter d’un potentiel décalage. Pour ralentir le jeu, le premier centre s’implique beaucoup dans les phases de ruck, pour éviter les libérations rapides au sol des porteurs de balle. Des joueurs comme Jonathan Danty, Jan Serfontein ou encore Juan Ignacio Brex se distinguent régulièrement par leur qualité de grattage.

Il existe cependant une exception concernant cette différence entre le poste de premier et deuxième centre, quand une équipe décide de jouer avec un demi d’ouverture en 12. Cette option d’un dix-douzième permet à une équipe de posséder un joueur avec un bon jeu au pied supplémentaire, mais surtout d’assurer la continuité du jeu. Avec deux meneurs de jeu dans la ligne d’attaque, une équipe peut continuer son mouvement offensif, même si le 10 titulaire est pris dans un ruck. Cette option marche encore mieux quand le demi d’ouverture et le premier centre sont des bons défenseurs.

Cette composition d’équipe implique également un numéro 13 plus puissant, complémentaire, comme lorsque Manu Tuilagi était aligné avec l’Angleterre aux côtés de George Ford et Owen Farrell. Un des meilleurs exemples de dix-douzième reste l’association toulonnaise entre Jonny Wilkinson et Matt Giteau. Une paire qui a parfaitement su alterner le jeu du RCT, notamment lors de deux des trois titres européens (du triplé 2013, 2014 et 2015) des joueurs de la Rade. Les stratèges anglais et australien étaient d’ailleurs associés à Mathieu Bastareaud en 13, pour apporter plus d’impact dans une ligne de trois-quarts composée de joueurs comme Drew Mitchell et Bryan Habana.


Plusieurs options pour les Bleus mais pas de véritable 12

Mis à part le Rochelais Jonathan Danty, qui enchaîne les pépins physiques et a déclaré forfait pour le Tournoi des 6 Nations suite à une blessure au genou. La France ne possède pas de véritable 12, porteur de balle, semblable à des joueurs comme Bundee Aki, Damian de Allende ou Ollie Lawrence. Le sélectionneur Fabien Galthié a essayé différentes combinaisons et semble privilégier la paire Yoram Moefana / Pierre-Louis Barassi qui sera titulaire face à l’Angleterre. Même si Yoram Moefana a davantage le profil d’un second centre, lui qui avait joué ailier lors du dernier match d’ouverture du tournoi des 6 nations contre l’Irlande.

En attendant l’éclosion sur la scène internationale des prometteurs Nicolas Depoortère, Emilien Gailleton et Paul Costes. Des joueurs qui sont, eux aussi, plus proches d’un profil de deuxième centre, avec beaucoup de vitesse et une capacité à jouer des duels sur leurs qualités d’appuis. Ces derniers sont d’ailleurs souvent associés à des profils plus puissants en club, comme Rohan Janse Van Rensburg et Pita Ahki. Les Bleus ne possèdent pas beaucoup de solutions en tant que véritable premier centre, mis à part le jeune Clermontois Léon Darricarrère, qui enchaîne les belles performances avec l’ASM et le numéro 12 dans le dos.

Une autre possibilité que le staff tricolore a déjà essayée est celle d’aligner Matthieu Jalibert aux côtés de Romain Ntamack, qui occuperait le poste de centre. Une option qui avait été réalisée lors du match du XV de France contre l’Argentine en 2021, lors de la tournée d’automne. Une rencontre qui a terminé sur une victoire des Bleus sur le score de 29-20. Cette alternative n’avait pas été concluante, puisque Fabien Galthié avait décidé de privilégier les paires Danty / Fickou et Vakatawa / Fickou par la suite.

L’importance primordiale d’un premier centre

Le XV de France ne semble pas encore avoir trouvé l’alternative à Jonathan Danty et aux glorieux ainés comme Yannick Jauzion, Mathieu Bastareaud, Denis Charvet, Florian Fritz… Ce poste de 12 est sûrement la pièce manquante de l’effectif français quand l’équipe est au complet. Cette recherche doit être une des priorités des tricolores en prévision de la prochaine coupe du monde, surtout face à des équipes qui ont des paires de centre très complémentaires, ayant de l’expérience ensemble.

Un premier centre comme Bundee Aki est indispensable au système de jeu irlandais pour créer des différences physiquement, même face à une défense agressive, comme c’était le cas le week-end dernier lors de la rencontre entre le XV du Trèfle et le XV de la Rose. Même cas de figure pour l’Écosse avec Sione Tuipolotou, qui est devenu un cadre de l’équipe du sélectionneur Gregor Townsend, et dont l’absence (sur blessure) pour ce tournoi va cruellement manquer au XV du Chardon.

Ce constat est similaire pour les nations de l’hémisphère sud, qui s’appuient sur des joueurs comme Damian de Allende, Jordie Barrett ou Santiago Chocobares pour fixer leurs adversaires sur une première prise du centre du terrain et créer des espaces sur les extérieurs. Ce profil de joueurs se charge aussi de cibler le demi d’ouverture, que ce soit sur les prises de balles lors des premières phases de jeu ou en défense.

Ce fut le cas la semaine dernière avec le centre de Bath Ollie Lawrence sur le joueur du Leinster Sam Prendergast, mais aussi lors de la dernière coupe du monde, avec l’ouvreur du XV de France Matthieu Jalibert qui avait été visé par le Sud-africain Damian de Allende durant l’ensemble de la rencontre. Nul doute que le numéro 10 bordelais sera encore recherché par les Anglais ce samedi à Twickenham, qui se méfient de ses qualités offensives, lui qui est en très grande forme avec son club de l’UBB.

Pompom38
Pompom38
Vous évoquez le 12 avec un rôle de second 10 mais en l’occurrence pour l’équipe de France on parle du 15 (Ramos) qui joue le rôle de deuxième 10 ! Et dans ce système offensif je suis très heureux d’avoir au centre un joueur en forme, solide, très bon ballon en main et en défense et légitime comme Moefana !!!
breiz93
breiz93
Article intéressant, j'ai la solution... on clone Rougerie et Sella, et pis c'est tout.
Jak3192
Jak3192
Merci à la Rédac pour cet article 👍
HookAHooker
HookAHooker
Je dirais vous avez raison mais vous avez tord 😜. Le raisonnement est bon mais en vrai Bundee Aki et Damian de allende consideré comme des références ici facture 101-102kg sur la balance moefana c’est 97kg le bougre! Donc je pense qu’il peut être un hybride 12-13. Très bon defenseur mais un peu timide ballon en main. Si il apprend à varier plus son jeu en portant (à la mauvaka qui est très mobile au vu de son poids)ou en distribuant (ce qu’il fait déjà aujourd’hui) il peut être très, très bon.
Patrice Lagiclée
Patrice Lagiclée
Makalou a joué à l'aile et pour ce type de profil, il aurait pu être testé mais outre ses problèmes de discipline, ce n'est pas un plan d'avenir. Idem pour Frisch, qui est pas mal mais aura lui aussi plus de 30 ans en 2027. Jauzion était un 12 ou un 13 selon les suspensions de Fritz :-), et je trouve que Depoortère a un peu le même profil, qui doit encore mûrir.
Michmich31
Michmich31
La paire de centre la plus intéressante de l'ère Galthié c'était Fickou Vakatawa avec un 12 créateur. Le profil recherché dans le jeu de l'EDF, c'est un 12 qui est un 4ème troisième ligne pour pouvoir enchainer 3-4 phases de jeu au prêt, resserrer la défense et écarter sur les ailes en sautant le centre du terrain.
fredo69007
fredo69007
On ne parle ici que de 2 types de premier centre soit un physico-physique soit un second ouvreur c est un peu dommage de s enterrer dans autant d étroitesse. Les possibilités en 12 existent Moefana joué 12 avec Bordeaux je vois pas trop pourquoi on le présente comme un 13, la meilleur solution a court terme reste probablement Fickou (defense, jeu au pied, capacité a prendre l axe) d autant plus si Barassi parvient a s installer mais derrière ces 2 solutions on a également un profil complet comme Frish et le futur s appel Néné. Bref on est loin d être a poil ensuite il faut savoir adapter les schémas tactiques en fonction des particularités des profils a disposition voilà tout.
MARCFANXV
MARCFANXV
L'effort est louable quand qq1 essaye de sortir des débats de personnes un peu trop lancinants et qui n'ont le plus souvent (pas tjrs) d'autre intérêt que de permettre au supporter lambda d'afficher (au cas ou le badge ne suffise pas) un soutien inconditionnel à ses couleurs. Même si les choses souffrent parfois de qqs approximations (j'imagine que c'est la place qui manque aussi pour induire qq subtilités), ça ouvre la porte à des échanges autrement plus intéressants que le "untel plutôt qu'untel". Rien que pour ça merci M. le rédacteur. Mettre ainsi les choses en perspectives permet de visualiser les tendances lourdes mais aussi de faire dans la prospective. Je trouve malheureusement que le rugby d'aujourd'hui s'inscrit dans la mm logique que la politique. C'est le court-termisme qui prime mm si à travers des discours tantôt redondants, tantôt alambiqués à souhait on voudrait nous faire croire qu'on prépare minutieusement un truc aux p'tits oignons pour une échéance de fin de mandat ! Non, l'EDF n'est pas en panne de potentiels 1er centre de qualité; elle est en panne d'idées, d'innovations, de fantaisie, d'inventivité technique, tactique, d'un peu de folie...Toutes ces choses qui il y a pas mal d'années aujourd'hui faisaient l'admiration (oui, oui, l'admiration !) des autres grandes Nations mm si on ne les battait pas à tous les coups loin s'en faut. Si ça ne gagnait pas tellement plus qu'aujourd'hui, ça ne perdait pas tellement moins non plus ! Et au moins s'inscrivaient dans les rétines des actions dignes d'intérêt, suscitait des vocations pour penser ce sport différemment. J'allais dire, penser ce sport "à notre sauce" et pas à la leur ... On utilise souvent l'expression "l'Equipe de France est la vitrine du Rugby Français". Je crois et le regrette qu'elle est surtout obnubilée par le fait de coller à ce que d'aucuns appellent par paresse intellectuelle "les standards Internationaux". Comme si la vérité venait systématiquement d'ailleurs, que le principe d'imitation bête garantissait quoi que ce soit ? Si ça tenait de la simple expérience le temps d'une mandature on pourrait dire "J'ai essayé, ça n'a pas marché autant qu'imaginé, alors revenons à NOS standards". Sauf que les choses se sont inscrites dans la durée. Je date peu ou prou ce virage au choix d'adouber B.Laporte es qualité de manager de l'équipe de France. C'est à dire aujourd'hui plus d'une génération !!!! Ca signifie que le : " Comment il faut jouer et pas autrement !" calqué sur des schémas pensés par d'autres ailleurs que chez nous, a contaminé des générations entières de jeunes joueurs. L'idée mm de penser ce sport autrement s'est évaporée dans les nimbes de la mémoire. " Penser ce sport autrement" ? C'était précisément ce qui fit que le rugby Français pouvait s'ouvrir à des profils "autres", plus encore au centre que sur n'importe quel autre poste !!! Ce n'est pas anecdotique de constater que notre rugby national est capable de proposer une litanie de 9 voire de 10 XXL et qd-mm temps il est bien en mal d'installer une paire de centre d'égal niveau. C'est une tendance "plus que lourde"...C'est la conséquence d'avoir renié une large partie de notre ADN. Ca suffit pour tourner à 80% mais trop rarement pour lever les bras à la fin et mm pire pour susciter des vocation.
Jacques-Tati-en-EDF
Jacques-Tati-en-EDF
Un 12 français ... Moefana est pas mal. Comme dit plus bas, je ne comprends pas pourquoi il faut s'aligner toujours dans une forme de déterminisme continuel. Pour ça le rugby est bien un sport conservateur ! Si on va par là, on peut dire que Dupont n'est pas un 9 très "normal". En effet, il ne joue pas comme les autres 9 de la planète ! (Smith, Gibson park, Ben White ...) Mince alors !! Et pourtant le staff a bien trouvé les moyens de s'adapter à son jeu. Comme il a su utiliser la vitesse de ses ailiers, comme il sait utiliser un 8 en 4 etc ... En ce qui concerne les centres je trouve que la paire Moefana / Barassi plutôt costaud et joueuse. Pourquoi ne pas adapter un peu le jeu sur ces joueurs. A moins que FG opte encore sur Danty pour la CDM ?
gilbertgilles
gilbertgilles
On a pas besoin de centres, on a Toto! 😂
guedin81
guedin81
Voilà un article intéressant. Et qui du coup génère des commentaires tout aussi alléchants. Merci.
Amis à Laporte
Amis à Laporte
C'est quand même honteux que le Stade Toulousain n'ait pas de premier centre de niveau international sélectionnable pour le XV de France !
lebonbernieCGunther
lebonbernieCGunther
C'est un poste qui a beaucoup évolué depuis 10 ou 15 ans, et pas forcément dans le bon sens, selon mes propres goûts et critères. Les tanks ont pris la place des créateurs, à tel point que je me demande si un Wesley Fofana -mon idole au poste- aurait aujourd'hui sa place dans un tel système... Pour le profil recherché aujourd'hui, je crois que c'est une question de morphotype assez rare chez nous (un peu comme les n°3 et 5 mais derrière), ce qui amène les équipes européennes à former, recruter ou naturaliser des joueurs issus de l'hémisphère sud, où les gros poulets qui galopent sont légion . Et en EDF, on rame, en effet, faute de matos. Alors, on copie en faisant avec ce qu'on a à la mode sudiste (Danty, Moefana) ou en demandant du jour au lendemain à des mecs de jouer contre nature: le positionnement de Depoortère en 1er centre l'an passé est aussi inefficace que mal pensé, par exemple. Pourtant, si on acceptait de jouer avec nos forces et notre ADN -plutôt que de vouloir faire comme les autres encore une fois- il existe une solution qui me semble évidente: c'est se tourner vers un 12 qui aurait un profil à la Jauzion, c'est à dire qui joue debout dans la défense, et là, le nom de Depoortère (ou même Gailleton) serait pas idiot du tout. Mais voilà, il faudrait s'entendre avec les clubs pour qu'ils acceptent de déplacer le joueur d'un cran et de le former à la spécificité du poste, et ça obligerait surtout à revoir tout notre système de jeu derrière. Alors quand on connait le conservatisme -pour ne pas dire l'entêtement- de Galthié, c'est pas demain la veille...
lebonbernieCGunther
lebonbernieCGunther
10/12ème? C'est peut-être du belge -comme septante et pas soixante-dix- parce que chez moi, on dit 5/8ème... Ou alors c'est moi qui suis passé à côté, auquel cas vous pouvez me chambrer...
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