Dans un contexte d'augmentation du nombre de graves blessures dans le rugby, au premier rang desquelles les commotions, et après le décès de quatre jeunes joueurs ces derniers mois, la sécurité des joueurs se trouve légitimement au centre des débats. Prenant le sujet à-bras le corps, les instances dirigeantes semblent décidées à mettre en place de nouvelles mesures visant à protéger la santé des joueurs. Après la mise en place récente du protocole commotion et du carton bleu, ainsi que l'augmentation du nombre de remplacements autorisés dans un match de 8 à 12, d'autres mesures sont à l'étude comme l'abaissement de la ligne de plaquage, l'interdiction du plaquage à deux, ou encore la promotion d'un rugby d'évitement chez les jeunes.
Pour autant, une problématique reste non abordée dans le cadre de ces nouvelles mesures : celle du calendrier surchargé de l'élite du rugby français.
50 matchs par an
Au total, et dans le cas d'une année de coupe du monde, le calendrier compte 50 dates - hors matchs de préparation et matchs amicaux - sur une année civile comprenant 52 semaines. Ce calendrier surchargé et ce rythme effréné des matchs sollicitent de plus en plus le corps des joueurs et mettent en danger leur santé. "Les joueurs sont inquiets. Ils se posent vraiment des questions par rapport à leur santé, au rythme effréné, aux cadences et à l’augmentation des blessures. Le corps ne suit plus" résumait déjà en 2016 Robins Tchale-Watchou, président de Provale.
Au-delà des risques sur la santé des joueurs, ce calendrier pose question vis-à-vis des "doublons" (au nombre de 3 lors de la saison 2018-2019, sans compter les doublons "officieux" liés aux journées programmées durant des rassemblements du XV de France), ainsi que les "impasses" auxquelles sont forcées ponctuellement certaines équipes du fait de manque de profondeur d'effectif, posant question vis-à-vis de la régularité du championnat.
La convention, solution ou pas ?
La convention passée entre la Fédération et la Ligue Nationale de Rugby a bien permis des avancées, avec la mise en place de périodes de récupération pour les joueurs de la liste élite du XV de France, avec l'introduction notamment d'une intersaison élargie. Cette mesure ne concerne néanmoins qu'une infime partie du contingent de joueurs professionnels, au nombre de 484 en Top 14, rapporte all rugby. La solution évoquée d'une réduction de l'élite à 12 clubs, permettant d'alléger le calendrier de 4 dates, semble devoir se heurter à la fronde des présidents de clubs (baisse du nombre de matchs et des recettes billetteries liées, compétition accrue pour se maintenir ou accéder à l'élite) et des diffuseurs (diminution du nombre de matchs à diffuser).
Une autre solution permettant d'alléger le calendrier, tout en maintenant le nombre de clubs dans l'élite, serait toutefois possible, à travers l'introduction d'un système de conférence, sur le modèle d'autres compétitions comme le Pro 14 (ex-Ligue celtique) et le Super Rugby, ou encore du sport américain (NBA, NFL). Ce système pourrait être applicable au Top 14 dans son format actuel à 14 clubs, ou encore permettre un élargissement de l'élite à 16 clubs.
Système de conférence appliqué au Top 14
Deux conférences de 7 équipes sont créées, les équipes étant réparties sur le base de leur classement de l'année précédente, la composition des deux conférences évoluant chaque année en fonction du classement de la fonction écoulée. En appliquant ce principe au Top 14 à l'issue de la saison 2017- 2018, les deux conférences pourraient être constituées comme suit :
| Conférence A | Conférence B |
| Castres (champion) | Montpellier (finaliste) |
| Lyon (demi-finaliste) | Racing 92 (demi-finaliste) |
| Toulouse (barragiste) | Toulon (barragiste) |
| Pau (8ème) | La Rochelle (7ème) |
| Clermont (9ème) | Bordeaux-Bègles (10ème) |
| Stade Français (12ème) | Agen (11ème) |
| Perpignan (vainqueur de la finale d'accession) | Grenoble (vainqueur du barrage Top14 - Pro D2) |
Chaque équipe jouerait alors 19 matchs de saison régulière :
- 12 rencontres aller-retour au sein de chaque conférence
- 7 matchs à domicile ou à l'extérieur contre une équipe de l'autre groupe
Les trois meilleures équipes de chaque conférence se qualifieraient ensuite pour les phases finales, sur le même modèle que le système actuel du Top 14, les deux premiers de chaque conférence accédant directement aux demi-finales, les équipes classées deuxièmes et troisièmes s'affrontant en barrages.
Pour la relégation en Pro D2, les équipes classées dernières de chaque conférence pourraient être toutes les deux reléguées ou, dans le cadre d'un maintien du système actuel d'accession-relégation, pourraient s'affronter afin de déterminer laquelle serait directement reléguée et laquelle pourrait prendre part au barrage avec le perdant de la finale d'accession en Pro D2.
Système de conférence appliqué à un Top 16
| Conférence A | Conférence B |
| Castres (champion) | Montpellier (finaliste) |
| Lyon (demi-finaliste) | Racing 92 (demi-finaliste) |
| Toulouse (barragiste) | Toulon (barragiste) |
| Pau (8ème) | La Rochelle (7ème) |
| Clermont (9ème) | Bordeaux-Bègles (10ème) |
| Stade Français (12ème) | Agen (11ème) |
| Perpignan (vainqueur de la finale d'accession) | Grenoble (vainqueur du barrage Top14 - Pro D2) |
| Brive (14ème) ou Montauban (demi-finaliste de Pro D2 | Oyonnax (perdant du barrage Top 14 - Pro D2) ou Mont-de-Marsan (demi-finaliste de Pro D2) |
Chaque équipe jouerait 22 matchs de saison régulière :
- 14 rencontres aller-retour au sein de chaque conférence
- 8 matchs à domicile ou à l'extérieur contre une équipe de l'autre groupe
Le système de qualification pour les phases finales et de relégation présenté plus haut s'appliquant de la même manière.
Les avantages et inconvénients du système de conférence
Avantages :
- Calendrier allégé de 4/7 dates selon la solution choisie
- Baisse du rythme des matchs pour les joueurs avec un impact positif sur leur santé
- Baisse voire disparition des doublons
- Maintien du nombre actuel de clubs dans l'élite, ou élargissement à 16 clubs permettant le retour de clubs historiques aujourd'hui dans les divisions inférieurs (Bayonne, Biarritz, Béziers, Brive...) ou arrivée de nouveaux clubs permettant le développement du rugby dans de nouvelles régions (Vannes, Nevers, Rouen,...)
- Maintien de rencontres opposant l'ensemble des équipes du championnat (au contraire d'un système par poule)
Inconvénients :
- Répartition de chaque conférence pouvant résulter en 2 poules aux niveaux hétérogènes et ne récompensant pas forcément les 6 meilleurs formations dans l'absolu
- Baisse du nombre de matchs avec un impact sur les recettes billetteries des clubs et potentiellement sur le montant des droits TV, pouvant en partie être compensée par la réduction des effectifs rendue possible par l'allègement du calendrier.
Ce système de conférences possède ainsi de nombreux avantages par rapport à la formule actuelle du championnat. Il apporte une solution à la problématique de calendrier posée par la formule actuelle, tout en répondant à l'enjeu majeur de prise en compte de la sécurité des joueurs. A l'heure où le débat sur l'avenir du rugby français fait rage, la mise en place d'une telle réforme sur l'élite du championnat pourrait représenter une première avancée.
Cette phrase est ridicule, si on veut baisser le nombre de matchs il faut pas se plaindre qu'il y en ait moins.
Aujourd'hui un club de top 14 fait au minimum 26 matchs de championnat et 6 d'Europe, soit 34 matchs, si on rajoute 3 matchs en Europe et 3 autres en top 14, ça laisse 12 dimanches pour les matchs internationaux, 5 matchs de tournoi et 6 lors des tournées, ça laisse 1 dimanche sans rugby si on supprime les doublons pour les internationaux. On pourrait faire un tournoi sur 5 semaines et les phases finale européennes sur 3 semaines.
Je vois aucun problème là dedans, un non international éliminé en poule en Europe et pas qualifié en top 14 aurait 5 semaines de repos lors du tournoi puis 3 autres lors des coupes d'Europe, encore 3 lors des phases finales du top 14, puis 3 autres lors de chaque tournée.
Pour les internationaux les vacances seraient prises lors du top 14 ou lors de phases finales auxquelles il ne participerait pas. Si on veut pas supprimer des matchs je vois pas mieux que ça, on supprime les doublons et on a du rugby toute l'année
Si en fin de saison dernière on avait basculé sur ce système, on aurait probablement pris le classement final de la saison régulière pour répartir les équipes dans les deux poules. Mais la forme d'une saison n'étant pas forcément celle de la suivante on peut se retrouver l'année suivante avec les 4-5 meilleures équipes dans la même poule, et des équipes seront éliminées non pas parce que les 6 équipes qualifiées ont fait une meilleure saison mais parce que certains avaient juste une poule plus accessible sans les poids lourds du championnat. Et c'est totalement imprévisible, personne ne pouvait prédire que Toulouse flamberait autant cette année, que Toulon serait aussi faible ou que le MHR serait aussi fragile.