"Je pense que Fabien Galthié prend les gens pour des cons. (…) Il enfume tout le monde avec sa data et je ne crois que c’est cela, respecter les gens qui aiment le rugby." Passablement très remonté sur le plateau du Canal Rugby Club, Richard Dourthe n’a pas mâché ses mots concernant Fabien Galthié, après la rentrée médiatique du sélectionneur des Bleus, revenu sur ses choix lors du quart de finale perdu face à l’Afrique du Sud.
RUGBY. ''Galthié prend les gens pour des cons'', Dourthe allume le sélectionneur du XV de France
Il est vrai que l’ancien demi de mêlée rapporte beaucoup de choses aux statistiques et aux données livrées par les GPS. Il a d’ailleurs bâti une grande partie de sa méthode là-dessus depuis sa prise de fonction il y a 4 ans à la tête des Bleus. Avec, qu’on le veuille ou non, un bilan chiffré exceptionnel et unique.
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Reste que cette méthode a aussi peut-être touché ses limites face aux Springboks, soit. Galette mérite-t-il un procès pour ça ? Très sincèrement, on ne le pense pas. Même s’il faudra bien évidemment tirer des enseignements d’un tel échec pour le premier match à élimination directe de SA coupe du monde.
L’exemple Danny Care
En ce sens, on se remémorera toujours ce France vs Angleterre qui clôturait le Tournoi 2016, lors duquel le demi de mêlée Danny Care avait été sorti autour de la 50ᵉ minute de jeu seulement. Le staff anglais avait alors expliqué que les données GPS concernent la légende des Harlequins étaient mauvaises… Une aubaine pour les Tricolores, tant Care semblait en cannes sur le terrain, au moment de sa sortie…
Le cas Ntamack
Cette semaine et lors d'une conférence sur le thème des progrès technologiques au service du sport, à Agen, le manager du Stade toulousain Ugo Mola a confié quelque chose de très intéressant autour de l’un des événements rugby de cette année 2023. Que la data lui indiquait de sortir Romain Ntamack en finale du Top 14.
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D’après lui et comme rapporté par Midi Olympique, s’il s’en était uniquement fié à la data, il aurait sorti Romain Ntamack en fin de match face à La Rochelle, en finale du Top 14. "Tous les voyants disent qu’il faut le sortir. Mais quand il marque l’essai de la victoire à la 78e minute, il touche sa vitesse max absolue de la saison !"
Soit 35km/h… À vrai dire, rappelons qu’aussi performantes soient ces données, elles ne prennent pas en compte la force de caractère d’un joueur, ni son état d’esprit ou de motivation. Et qu’à l’issue de 2 bourdes effectuées dans les 10 dernières minutes de cette finale en juin dernier, qui condamnaient presque les Toulousains, Ntamack a probablement fait ressortir le caractère de champion le plus enfoui qui existait en lui. Un mental à toute épreuve, qui donna lieu, suite un bon travail de Dupont et une défense hasardeuse des Rochelais, à l’exploit de 60 mètres de l’ouvreur, dont tout le monde ne peut que se souvenir.
Mola d’ajouter : "Ces outils doivent rester à la place de l’outil. Le risque des datas n’est-il pas qu’un coach s’en serve pour se dédouaner quand il est dans l’échec ?" En clair, rester aussi dans l’humain, le ressenti, le terrain, quoi. Comme une petite pièce envoyée au sélectionneur des Bleus, qu’il a d’ailleurs refusé de rejoindre en équipe de France, cette année…


Chaque année a lieu les rencontres philosophiques Michel Serre
Et donc fin de semaine dernière à Agen Hugo Mola et Christian Lanta sont venus s’exprimer concernant le rugby et l’utilisation des datas et de l’IA
Et ça c’était prévu et pas circonstanciel
Juste une petite partie de l’intervention de Hugo Mola et Christian Lanta
« Nous disposons de données physiques, médicales et d’indicateurs de performance, mais ce ne sont que des aides à la décision »,
Il ne faut pas oublier le contexte dans lequel nous les prenons. »
Un exemple concret ? « En finale de Top 14 contre La Rochelle, Ntamack est en contre-performance depuis dix minutes, il joue son 31e match de la saison, tous les visionnaires disent qu’il faut l’enlever. Mais quand il marque l’essai gagnant à la 78ee minute, il atteint sa vitesse maximale absolue de la saison !
Des exemples d’utilisation malheureuse des données, à l’heure où même le ballon et le terrain sont désormais connectés, Ugo Mola en compte des dizaines.
Le plus révélateur ? « En 2019, l’Angleterre peut remporter le Tournoi des 6 Nations en battant l’Irlande. L’entraîneur élimine ses deux meilleurs joueurs qui ont atteint le maximum de leurs données physiques et ils perdent le match… »
Tous les records ne sont-ils pas battus lorsque les athlètes sont poussés dans leurs retranchements ? Aucune donnée ne mesure cette capacité à se transcender. « Il faut conserver cet élément de sensibilité et ne pas se référer uniquement à ces données qui restent pourtant extrêmement importantes. »
« Dans la mesure de la performance, quand on accède à des standards élevés dans les données, cela augmente la confiance. » Il l’a joué à un moment où il pensait que ses trois-quarts étaient en perte de vitesse. « J’ai récupéré les données de La Rochelle et j’ai montré à mes joueurs qu’encore moins bien ils allaient c’était quand même plus vite que les Rochelais qui progressaient. Vous nourrissez votre confiance et votre capacité à croire. » Mais il faut aussi se méfier des chiffres. « Notre match référence en termes de données lorsque j’étais à Perpignan, c’était une défaite de 50 points contre l’UBB ! », prévient Mathieu Defontaine
Pour Ugo Mola, « bonjour » en dit long sur bien plus que des données sur la condition physique d’un joueur. « Ce sont les meilleures données. Car la capacité à générer des émotions reste la base. » Alors quand le sélectionneur national défend son bilan depuis quatre ans avec des chiffres, Christian Lanta ne dit pas que « Fabien Galthié nous prend pour des cons » comme Richard Dourthe, mais il s’interroge : « Le risque des données n’est-il pas qu’un sélectionneur les utilise pour se disculper lorsqu’il est en échec ? »
Dommage que Galtoche ne soit pas venu à cette conférence
Juste pour mettre un peu d’eau dans son vin…ou les datas à leur place
Juste un outil d’aide à la décision et surement pas une preuve d’un bon discernement ou un paravent efficace contre les critiques
Car si les datas permettent de prévoir le prévisible, pour gagner il faut aussi être disponible pour l’imprévisible d’un match non ?
Le mot de la fin pour Lanta
Rien ne remplacera la capacité des joueurs à s’adapter et à se préparer à l’imprévisible